J’ai publié Shnixgun le 11 mai 2007. Je voulais retrouver l’aspect encré et texturé des caractères métalliques traditionnels, et j’ai donc retracé Franklin Card Gothic. Ce caractère m’avait toujours paru maladroitement proportionné : même s’il avait été dessiné dans les années 1920, il semblait plutôt venir du XIXe siècle. J’ai superposé mon tracé à Biondi, un caractère similaire que j’avais déjà fait, ce qui m’évitait de redessiner les accents et la ponctuation à partir de zéro.
Pour créer la texture usée, j’ai utilisé un dispositif inhabituel. Mon ordinateur portable exécutait un script qui reproduisait les actions de la souris, copiant chaque glyphe dans Photoshop. Un système de calques avec des textures répétables se décalait selon des valeurs prédéfinies pour éviter la répétition. Je convertissais l’image en 1 bit, puis la recollais dans FontLab pour la vectorisation automatique, la mise à l’échelle et le placement. Le processus était élaboré et impossible à reproduire aujourd’hui. En cours de route, j’ai manqué une étape : j’ai oublié de remplacer la lettre E. Son décalage avec le reste des caractères est devenu permanent quand j’ai perdu le système de textures d’origine.
J’ai mis à jour Shnixgun le 25 juin 2021, en supprimant des caractères obsolètes, en déplaçant la barre horizontale vers un autre emplacement Unicode et en ajustant les métriques verticales pour de meilleures performances dans les navigateurs. Shnixgun a toujours été une police payante. Elle n’a jamais connu d’usage notable, mais l’imperfection accidentelle de son E reste un rappel de la manière dont des particularités involontaires peuvent définir un dessin.